Bilan 2011: "Ottawa vu par un jeune loup"

Hugo de Grandpré
La Presse
le 30 décembre 2011

(Ottawa) Le mercredi 15 juin, quelques secondes avant la période de questions, Pierre-Luc Dusseault a pris la parole: «C'est un honneur pour moi de me lever à la Chambre aujourd'hui pour ma première déclaration en tant que plus jeune député de l'histoire du Canada», a-t-il dit devant ses nouveaux collègues. Après avoir remercié ses électeurs, le jeune député du NPD a poursuivi: «Je compte vraiment travailler sans relâche pour démontrer que nous, les jeunes, avons notre place dans les débats publics et que nous pouvons arriver à de très bons résultats.»

À peine un mois plus tôt, cet étudiant de 19 ans, qui était toujours en période d'examens deux semaines après le début de la campagne, avait causé une commotion en défaisant Serge Cardin, l'un des députés les plus solides du Bloc québécois. Avec d'autres nouveaux venus, comme ceux qu'on surnomme les McGill Five ou Ruth Ellen Brosseau, le jeune homme né en 1991 est instantanément devenu l'un des symboles de la vague orange au Québec.

Au moment de passer son premier temps des Fêtes comme député fédéral, Pierre-Luc Dusseault a raconté à La Presse comment se sont déroulés les six premiers mois de son mandat.

«Les deux premières semaines, avec les médias, c'était assez intense, se souvient-il, assis derrière son bureau de la colline parlementaire. Les premiers jours, c'était de six heures et demie du matin à neuf heures le soir.»

La tempête passée, il a pu se «concentrer sur autre chose», indique M. Dusseault. Mais plus question de retourner au club de golf où il travaillait depuis cinq ans. La priorité: s'organiser. Ouvrir un bureau de circonscription, engager du personnel... «J'ai reçu plus de 600 CV pour les trois premiers postes que j'ai ouverts», dit-il.

La brève mais intense session parlementaire du printemps a commencé quelques semaines plus tard. Pour un étudiant en sciences politiques, passionné de politique canadienne de surcroît, «c'était assez impressionnant», décrit M. Dusseault. «Ça faisait quelques années que je suivais la politique. CPAC, c'était mon poste préféré! Ma blonde était tannée...»

«D'avoir un siège à la Chambre des communes, de prendre la parole pour la première fois... ce sont des expériences inoubliables.»

Sa plus grande déception? «L'attitude des conservateurs à la Chambre des communes. C'est une attitude arrogante à l'occasion, de vouloir couper les débats pour des dossiers qui ne sont pas nécessairement urgents.»

Son âge a-t-il été un handicap? «Au début, j'ai un peu eu cette peur-là, de savoir comment les gens allaient réagir, comment les autres partis ou les gens dans mon parti allaient me percevoir. Mais finalement, ça s'est très bien passé et je n'ai pas eu d'attaque personnelle. C'est un peu ça que je craignais aussi, les attaques personnelles.»

«Je le prends comme un avantage, dit-il en rétrospective. Au début, ça m'a donné beaucoup d'attention médiatique. Maintenant, quand je suis dans ma circonscription, les gens me reconnaissent.»

Un avantage... à condition de travailler fort pour faire ses preuves, réitère-t-il. La semaine, à Ottawa, les journées sont longues; elles commencent vers 7h et se terminent souvent tard le soir. Quand il est à Sherbrooke, il tente de rencontrer le plus de gens possible: le maire, les groupes communautaires...

Il y a quelques mois, il a même mangé en tête à tête avec le député provincial de Sherbrooke, un certain Jean Charest. «Ça m'a permis de comprendre la position du gouvernement du Québec sur certains enjeux», précise le député fédéral, le ton toujours posé.

Les enjeux qui lui tiennent personnellement à coeur incluent l'environnement, les transports dans sa circonscription et l'éducation postsecondaire.

À cet égard, Pierre-Luc Dusseault estime que le monde de «vieux» qu'a traditionnellement été la politique au Canada a changé en mieux avec l'arrivée le 2 mai de ses 22 collègues du Nouveau Parti démocratique de moins de 35 ans. «Ça peut donner de nouvelles idées, une nouvelle perspective», croit le député.

«Comme ça, ajoute-t-il, les jeunes peuvent avoir leur mot à dire pour rappeler aux plus vieux que dans des dizaines d'années, eux ne seront peut-être plus là, mais il y a des jeunes qui vont être encore ici.»

Son souhait pour la nouvelle année? Que Thomas Muclair soit élu chef de son parti, pour «élargir la base d'appuis du NPD» et lui donner l'impulsion nécessaire pour «atteindre de nouveaux sommets». Et continuer à travailler, au Parlement, dans sa circonscription... et peut-être même à l'école. Il songe en effet à retourner à l'université en septembre, suivre un cours par semestre. Mais pas en sciences politiques: il préfère «élargir ses horizons». Peut-être en droit, dit-il, comme sa copine qui finit son semestre à Sherbrooke pendant qu'à Ottawa, lui, termine sa session.

Vous pouvez retrouver l'article original ici.