Avortement: pour la liberté de choisir

Un vote important a eu lieu ce soir sur un sujet que l'on n'aurait pas imaginé revoir au Parlement: l’avortement.

D'entrée de jeu, je tiens à préciser que le vote n'était pas à savoir si les députés étaient pour ou contre l'avortement. La motion 312 proposée par un député conservateur demandait plutôt la création d'un comité parlementaire pour étudier la définition de l'être humain. Plus précisément, le libellé de la motion visait à déterminer à quel moment un fœtus devient un humain à part entière.

Même si la motion ne le disait pas ouvertement, l'objectif ultime du député conservateur était de criminaliser l'avortement. Son intention était très claire: il voulait redéfinir l’article 223(1) du Code criminel, qui définit le statut du fœtus. Or, le Parlement n'est pas un laboratoire scientifique. Mes collègues députés et moi ne sommes pas des biologistes, mais des législateurs. Je ne crois pas que le Parlement soit l'endroit pour étudier des questions d'ordre scientifique. C'est la principale raison pour laquelle j'ai voté contre la motion 312.

Après toute cette saga, il apparaît clair que le débat sur l’avortement a été rouvert malgré les belles promesses du Premier ministre en campagne électorale. De mon côté, j'ai réitéré avec fierté mon engagement à protéger le droit de choisir des femmes. La décision de se faire avorter est une décision morale et personnelle, et dans une société libre et démocratique, la conscience de la personne visée doit primer sur tout autre facteur. L'État n'a rien à voir dans cette décision qui implique une femme et son propre corps.

J'arrive difficilement à comprendre pourquoi ceux qui s'opposent catégoriquement à l'avortement veulent imposer leurs croyances aux autres en voulant modifier le Code criminel. Aucune loi au Canada n'oblige une femme à se faire avorter. Par ailleurs, personne ne force les femmes qui sont contre l'avortement à en subir un.

Qu'on soit pour ou contre l'avortement, je ne crois pas qu'on doive imposer aux autres notre croyance personnelle. Peu importe ma propre position, je ne crois pas que je suis en mesure de dire aux femmes quoi faire ou ne pas faire de leurs corps. Cette décision leur appartient entièrement et l'État n'a pas à imposer un choix. D’autant que nous savons avec certitude que, même avec une loi interdisant l’avortement, des femmes choisiront tout de même de se faire avorter pour toutes sortes de raisons personnelles et avec tous les risques pour leur santé que la clandestinité peut occasionner. Qu'on laisse donc les femmes choisir librement selon leur conscience. Le foetus n'appartient à personne d'autre qu'à la femme qui le porte, au même titre qu'un de ses organes internes, et elle doit être libre de choisir selon sa propre conscience.

Pierre-Luc Dusseault

Député fédéral de Sherbrooke